Pour qui souhaite embrasser la carrière égyptologique, plusieurs cursus sont envisageables et nous tenons à souligner d’emblée, ce qui sera notre leitmotiv, que ce métier requiert d’avoir plusieurs cordes à son arc.

 

Si l’on ne devient aujourd’hui égyptologue – en principe – qu’après avoir soutenu une thèse, on peut aussi aborder notre discipline avec une formation d’historien, d’archéologue, d’architecte, de biologiste, de bibliothécaire et nous en passons. Par exemple, un topographe travaillera sur le site d’Ayn Soukhna, un palynologue sur celui de Douch ou encore un architecte dans le complexe de Karnak. Ajoutons que ces spécialités ont aussi l’avantage d’être utiles sur des chantiers  archéologiques du monde entier.

 

 Autrement dit, pour les lycéens qui envisagent une carrière d’égyptologue, la filière (L, éco ou S) choisie pour le baccalauréat (général ou technologique) importe peu. Le mieux étant de choisir les matières dans lesquelles on se sent le plus à l’aise pour aborder sereinement le cursus universitaire. Petit rappel : seuls les baccalauréats général ou technologique ouvrent les portes de l’université. À moins de passer ultérieurement le DAEU (Diplôme d’accès aux études universitaires).

 

 

Détail d’importance : l’apprentissage de l’allemand et de l’anglais est une clé de voûte de la formation égyptologique. Les équipes anglo-saxonnes ou allemandes sont particulièrement actives. Or, trop d’étudiants se trouvent actuellement confrontés à pléthore de publications dans ces langues et il est fâcheux de devoir ajouter des heures de traduction à une charge de travail déjà conséquente en master ou en thèse. Vous ne pouvez pas contourner l’obstacle.

 

Pour continuer sur la question linguistique, il est recommandé de débuter l’apprentissage de la langue égyptienne – de préférence le moyen égyptien pour commencer – avant d’être confronté aux travaux de recherche d’un mémoire de master. Au pays de Champollion, est-il nécessaire de rappeler l’importance de la langue pour aborder la civilisation égyptienne ? Pour ce faire, les universités et Ecoles françaises pourvues de cursus en égyptologie (Paris-Sorbonne, Lille 3, Lyon 2, Montpellier III, Strasbourg, École du Louvre) ont mis en place des cours de langue. Par exemple, Paris-Sorbonne propose dès la L3 un cours de moyen égyptien, doublé en master de séminaires de hiératique et parfois de néo-égyptien, tandis que les étudiants de Strasbourg sont initiés à tous les états de langue, de l’ancien égyptien au copte. Si vous souhaitez anticiper sur votre cursus universitaire, vous pouvez également recourir à des organismes privés (comme l’Institut Khéops de Paris) ou à des associations locales, dont vous trouverez la liste dans notre rubrique « partenaires scientifiques ». Bien évidemment, vous pouvez aussi le faire en autodidacte, muni(e) des grammaires qui vous sont proposées dans le commerce (B. Mathieu et P. Grandet, J. Winand et M. Malaise, Cl. Obsomer,  les grammaires anglophones de J.P. Allen ou, plus anciennement, de A.H. Gardiner etc.).

 

Par ailleurs, il est fondamental de participer à quelques chantiers archéologiques afin d’acquérir une expérience sur le terrain. On ne saurait trop vanter les mérites du rapport direct à l’objet et de l’apprentissage des techniques de fouilles. On peut éventuellement envisager une formation à la restauration par le biais de stages estivaux. Le bagage le plus diversifié constitue un atout de poids dans une sphère où il y a peu de postes pour beaucoup de prétendants. Il est possible pour les collégiens de profiter de leur stage obligatoire pour découvrir l’univers des bibliothèques par exemple. On peut aussi se rapprocher d’institutions archéologiques comme l’INRAP  ou les entreprises privées d’archéologie pour faire ses premières armes.

 

En ce qui concerne le cursus universitaire, voie royale, différentes institutions dispensent une formation en égyptologie.

 

Afin de se forger une solide méthode de travail, il est vivement conseillé aux élèves d’entreprendre une classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE), à l’issue de laquelle ils présenteront le concours de l’École normale supérieure (ENS Lyon ou Ulm) ou de l’École des chartes.  Parallèlement à la CPGE, les étudiants peuvent s’inscrire en cumulatif – c’est-à-dire qu’ils ne suivent pas les cours et ne passent pas les partiels – dans une université. Ainsi au sortir de la prépa peuvent-ils poursuivre leur cursus dans leur université de rattachement, sans avoir à tout reprendre depuis le début grâce au système d’équivalences/de compensations.

 

Les filières privilégiées en université pour aborder l’égyptologie sont l’histoire, l’histoire de l’art et archéologie et les lettres classiques. Il existe des passerelles d’une discipline à l’autre, qui permettent à un étudiant de changer de filière en cours de cursus. Rien n’est définitif. Cependant, il est important de bien choisir non seulement la filière – un élève désireux d’étudier la période gréco-romaine, par exemple, devrait envisager la question des lettres classiques, pour s’initier à la papyrologie ou se perfectionner en latin et en grec –  mais aussi  l’université que l’on souhaite intégrer en fonction des centres d’intérêt qui régiront le choix du sujet de master et, éventuellement, de thèse. Voici  la liste des universités françaises et les liens vers la page internet dans laquelle ils spécifient leurs axes de recherche :

 

-        Paris-Sorbonne (Paris IV) ;

-        Strasbourg ;

-        Lumière-Lyon 2 ;

-        Charles de Gaulle-Lille 3 ;

-        Paul Valéry-Montpellier III ;

 

 Dans la mesure où la spécialisation en égyptologie à proprement parler n’intervient véritablement qu’en master, il est possible d’entreprendre il une licence en histoire ou en histoire de l’art et archéologie dans la faculté de votre choix, avant de se diriger vers un autre établissement à l’entrée en master. À condition, bien entendu, d’avoir déjà quelque bagage pour prétendre à ce master, comme souligné plus haut.

 

Les universités ne sont pas les seules institutions à proposer des cursus en égyptologie. Vous pouvez aussi intégrer :

 

-        l’École du Louvre (uniquement par concours).

-        L’École pratique des hautes études (EPHE).

 

Une fois entamé un cursus universitaire de 3e cycle, diverses possibilités professionnelles s’offrent, non seulement pour accroître son expérience, mais aussi pour assurer sa subsistance.

Peu d’étudiants ont la chance de décrocher un contrat doctoral par le biais duquel l’université finance leurs recherches en leur versant un salaire, souvent contre des cours. Ce système implique néanmoins l’achèvement de leurs travaux dans une période impartie de trois années. Pour les autres, il est souvent nécessaire de trouver d’autres ressources comme les vacations qui se créent parfois en bibliothèque, dans les musées ou les universités. De cette façon, le Collège de France a recruté des étudiants pour traiter le fonds légué par le professeur Leclant ou le musée Rodin recourt actuellement à des étudiants auto-entrepreneurs pour faire l’inventaire de ses collections égyptiennes. À cela s’ajoutent les associations locales qui recrutent parfois des professeurs de hiéroglyphes ou de civilisation dans les rangs des doctorants. Pour clore ce panel d’exemples, signalons que nombre de jeunes gens postulent aussi comme agents d’accueil ou de surveillance dans les musées.

En ce qui concerne les cours, les doctorants intéressés par un poste d’ATER (attaché temporaire d'enseignement et de recherche) doivent savoir que l’un des critères incontournables dans certaines universités reste le succès à l’agrégation, ce concours de l’enseignement sanctionnant un excellent niveau. Puisqu’un agrégé a l’obligation d’enseigner, sous peine de perdre le bénéfice de son concours, les titulaires du précieux sésame peuvent également enseigner dans le secondaire, mode de financement non négligeable pendant des études longues.

 

Pour poursuivre sur la thématique des concours, les étudiants qui ne se sentent pas vocation à enseigner peuvent s’essayer aux concours du Patrimoine (conservateur ou attaché de conservation par exemple). L’École du Louvre et certaines universités ont ouvert des classes préparatoires dans cette perspective.

D’autres encore ont pris le parti de s’orienter vers les métiers de l’édition ou de la restauration pour mieux revenir en égyptologie par la suite.

 

            Nous avons évoqué le contrat doctoral décerné par l’université aux étudiants jugés prometteurs, d’autres récompenses ou prix viennent s’ajouter à la liste des aides. Ainsi l’Académie des inscriptions et belles-lettres couronne-t-elle une fois par an les recherches d’un ou plusieurs étudiants en décernant la bourse Vandier. Par ailleurs, il est possible pour les doctorants de demander à l’IFAO (deux fois pendant leurs travaux) une bourse d’un mois pour venir parfaire leurs recherches sur place, bénéficiant ainsi d’un accès aux sites et à l’une des plus riches bibliothèques d’égyptologie. L’Institut les aidant notamment à décrocher les autorisations d’accès sur des chantiers qui ne sont pas ouverts au public et leur permettant de côtoyer des spécialistes dont la fréquentation sera utile à leur avenir comme à leurs recherches. Les universités, quant à elles, disposent également de budgets pour permettre aux étudiants qui en font la demande d’effectuer certains déplacements à l’étranger.

 

            Comme on l’aura compris, la vie d’un doctorant se borne rarement à des recherches en bibliothèques. Aux activités alimentaires évoquées précédemment, peuvent s’en ajouter d’autres qui anticipent la carrière escomptée, comme la rédaction d’articles, les conférences individuelles ou la participation à des colloques.

 

            Une fois achevée leur thèse, les docteurs fraîchement émoulus  ont différentes options pour entamer leur carrière. De cette façon, tous les quatre ans, l’IFAO recrute des pensionnaires, c’est-à-dire de jeunes chercheurs dont les axes de travail doivent se trouver dans sa ligne directrice et qui soumettent un projet réalisable pendant le temps de leur contrat. D’autres encore se voient proposer un contrat post-doctoral (à durée déterminée) qui apporte un complément à leur thèse tout en leur offrant la possibilité d’intégrer une équipe en tant que membre à part entière. Autre exemple, certains jeunes docteurs tentent aussi d’intégrer le CNRS par voie de concours.

 

Nous venons de vous livrer un bref panorama des possibilités qui s’offrent à vous pour entreprendre des études en égyptologie. Il est bien évidemment loin de recouper toutes les questions que vous pouvez vous poser. Par conséquent, s’il vous reste des questions, n’hésitez pas à nous contacter pour plus de précisions.