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Actualités égyptologiques Exposition L’Or des pharaons : 2500 ans d’orfèvrerie dans l’Égypte ancienne au Grimaldi Forum de Monaco, du 7 juillet au 9 septembre 2018

IMG1 webChristiane Ziegler, commissaire de l’exposition, répond à nos questions pour nous présenter l’exposition L’Or des pharaons, qui se tient au Grimaldi Forum de Monaco jusqu’au 9 septembre 2018.
SFE - Comment cette exposition renouvelle-t-elle la problématique de l’orfèvrerie d’époque pharaonique ?
Chr. Ziegler - Elle tient compte des recherches récentes menées par différents laboratoires, de thèses comme celle de C. Thiaudière, ainsi que d'un travail effectué avec mes collègues des départements antiques du Louvre et de Saint-Germain-en-Laye en vue de la publication d'un dictionnaire de l'orfèvrerie antique. En ce qui concerne la prospection des déserts et de l'extraction de l'or, elle tient compte de recherches très récentes ; par exemple celles de Klemm, le récent programme de recherche de l'IFAO sur les mines d'or, le tout récent ouvrage de P. Tallet sur les expéditions ...
SFE - Qu’est-ce que l’étude de ces bijoux peut nous apprendre de la société égyptienne ?
Chr. Ziegler - C'est une approche peu conventionnelle pour explorer de nombreux aspects de la société. Les bijoux sont un marqueur social, portés par une élite qu'ils contribuent à distinguer : symbole de richesse, de pouvoir pour le souverain et l'élite, ils manifestent la faveur du souverain envers ses fidèles serviteurs (or de la récompense ...). Du gisement au produit fini, la chaîne de fabrication va du prospecteur d'or au pharaon en passant par les ateliers des palais et des temples. Ils nous informent sur l'administration et l'économie du pays : expéditions menées vers les gisements, administration du Trésor royal et des grands temples. Ils servent de monnaie d'échange (les produits manufacturés sont évalués, comme les produits bruts, selon leur poids ; création de poids spécifiques pour l'or). Ils témoignent du commerce avec les pays voisins (par exemple importation de lapis lazuli d'Afghanistan).
IMG3 webCe sont des témoins des relations internationales (mainmise de l'Égypte sur l'or de Nubie, cadeaux diplomatiques pour les souverains du Proche Orient ...) et des contacts culturels entre l'Égypte et le reste du monde antique : par exemple, apparition de nouvelles techniques et de motifs étrangers (granulation du trésor des princesses de Dahchour qui est une technique importée de Mésopotamie, déjà présente dans les tombes royales d'Ur ; galop volant des fauves et des antilopes sur un collier de la reine Iahhetep qui est un motif importé du monde égéen ...).
L'étude des techniques révèle des procédés et un savoir-faire consommés notamment dans le domaine du raffinage du métal précieux (procédé de la coupellation), des alliages, des soudures, du cloisonné ... le tout réalisé avec un outillage sommaire. En dépit du mépris affiché par certains textes égyptiens, les orfèvres, dont la profession était hiérarchisée, jouissaient d'une certaine aisance.
Le rôle des bijoux ne se réduit pas à orner certaines parties du corps et à les mettre en valeur, ils ont aussi une valeur protectrice de par leur matériau et leur décor. Toute la symbolique liée à l'or et aux matériaux précieux nous immerge dans la pensée religieuse des Anciens Égyptiens, explicitée par les textes funéraires de l'époque tardive. Masque et doigtiers d'or, métal incorruptible et éclatant comme le soleil, confèrent l'éternité à ceux qui en sont parés. Les pierres fines, émanations des dieux accordent leur protection magique au défunt et l'aident à accéder à l'autre monde de même que les motifs des bijoux funéraires comme les scarabée ailés ou l'œil oudjat.
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Enfin le pillage des trésors de tombes, pratiqué dès les époques les plus reculées, marque les temps de crise. Les aveux des pillards, consignés sur une série de papyrus, éclairent d'une lumière très inhabituelle le comportement de certains Égyptiens vis-à-vis des défunts, en particulier de leur souverain. Les bijoux, objets de très grande valeur et faciles à emporter, sont en premier lieu la proie des voleurs, y compris une partie de ceux déposés dans la tombe de Toutankhamon.
SFE - L’affiche de l’exposition montre le masque funéraire en or de Psousennès Ier découvert dans la nécropole royale de Tanis par la mission de Pierre Montet. Comment avez-vous évoqué dans cette exposition la découverte archéologique des pièces d’orfèvrerie ?
Chr. Ziegler - J'ai choisi de faire précéder les trésors de Tanis par une grande salle d'introduction qui associe des extraits de films d'époque, des archives de fouilles, des manuscrits et le fameux télégramme de Montet à sa famille annonçant la découverte de la tombe inviolée de Psousennès. Tous ces documents m'ont été aimablement prêtés par la Mission Française des Fouilles de Tanis. Puis sont exposées les œuvres majeures : masque d'or, sarcophage d'argent et bijoux de Psousennès, bijoux et orfèvrerie d'Aménémopé, Oundebaounded et Chéchanq II.
 
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NB. L’ensemble des illustrations présentées ici nous a aimablement été fourni par les équipes du Grimaldi Forum de Monaco, que nous remercions.

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L’École pratique des Hautes Étude accueille, à la Maison des Sciences de l’Homme (54 Boulevard Raspail à Paris), le Professeur Paolo Gallo de l’université de Turin pour une série de conférences portant sur l’archéologie et les monuments d’Alexandrie. Voici le programme de ces 4 interventions:

 
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À l’occasion de l’inauguration d’une nouvelle présentation des salles égyptiennes au musée de Tessé au Mans, la SFE a interrogé deux égyptologues qui ont travaillé sur les collections, Hélène Bouillon, conservateur du Patrimoine, et Marc Étienne, conservateur en chef au département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre.

SFE : Comment s’est mis en place ce projet de réorganisation des salles égyptiennes du musée de Tessé ? Quelles ont été les collaborations ?

Hélène Bouillon : « Quand j’ai été envoyée par le service des musées de France (SMF) pour aider à la refonte des salles égyptiennes du musée de Tessé, le projet était déjà engagé depuis plusieurs années. Geneviève Pierrat-Bonnefois, alors conservatrice en chef au département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre, et François Arné, le directeur des musées du Mans, réfléchissaient à un nouveau dépôt du Louvre et à un nouveau parcours qui se recentrerait sur les coutumes funéraires et mettrait en valeur les reconstitutions photographiques des tombes de Sennefer et Néfertari. Nicolas de Larquier et Fanny Hamonic ont également participé à la refonte durant leurs formations à l’Institut national du patrimoine. Nicolas a travaillé au choix des pièces et à leur emplacement dans le parcours, Fanny a notamment créé le synopsis de la borne ludique autour de la tombe de Néfertari. J’ai aidé à la finalisation du projet, écrit la version définitive des textes des salles, ainsi que ceux de l’audioguide et donné un coup de main au moment du chantier, d’abord pour la mise en réserve avant travaux puis au moment de l’arrivée du nouveau dépôt. »

SFE : Combien de pièces nouvelles sont présentées et lesquelles sont particulièrement intéressantes ?

Hélène Bouillon : « Le musée de Tessé a gardé une vingtaine de pièces de l’ancien dépôt, dont un très beau chaouabti en costume des vivants. Parmi la trentaine d’objets du nouveau dépôt, figure un coffret à chaouabtis peint, également d’époque ramesside. Les pièces déposées vont du pion de sénet au pyramidion de calcaire sculpté, mais ce ne sont pas forcément les pièces les plus petites qui sont les moins rares dans les réserves des musées. Une attention particulière a été portée à la remise en situation. La vitrine de la chapelle, par exemple, est très réussie : stèle, statue, cônes funéraires et pyramidion y sont placés de telle sorte que le visiteur puisse se les imaginer en place. De plus, Jean-Claude Golvin a autorisé le musée à imprimer en très grand format ses magnifiques aquarelles, ce qui facilite la contextualisation. Je suis particulièrement sensible à la vitrine qui montre les vases, parures, vêtements, bâton de marche et sandales, qui constituent une sorte de trousseau du noble égyptien. Tous les objets de cette vitrine sont représentés à l’identique dans la tombe de Sennefer. Certains sont canoniques et même en quelque sorte anachroniques comme le plateau d’albâtre-calcite que l’on ne trouve plus dans les tombes de l’époque ; certains suivent scrupuleusement la mode comme les coupes cylindriques à pied. La momie d’époque gréco-romaine, déjà présentée auparavant, a fait l’objet d’une étude complète (scanner) par le Dr Samuel Mérigeaud, montrant qu’il s’agissait d’un homme et non d’une jeune fille ! Mais bien sûr, l’une des plus belles pièces de l’actuelle présentation est le Livre des Morts choisi par Marc Etienne pour le nouveau dépôt. »

SFE : Pouvez-vous nous parler du renouvellement du dépôt du Louvre et des deux papyrus funéraires déposés au musée de Tessé ?

Marc Étienne : « À l’occasion du renouvellement du dépôt effectué par département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre, de nouvelles œuvres ont été installées afin de compléter les collections. Ce musée abritant les reproductions photographiques des tombes de Sennéfer et de Néfertari, le choix des nouveaux objets s’est porté sur des éléments représentés dans ces tombes ou sur ceux qui comportaient des thèmes décoratifs ou iconographiques similaires. Dans cette logique, deux papyrus ont été déposés au Mans qui seront présentées en alternance pour satisfaire au mieux aux exigences de durée d’exposition des documents graphiques. Par ailleurs un nouveau mode de présentation a été élaboré afin de restituer la vision continue d’un rouleau à partir des feuillets conservés. Il s’agit des Livres des Morts au nom de Nesmin et de Tchahapyimou deux membres du personnel du temple d’Amon à Karnak d’une longueur de 5,25 m pour le premier et 8,5 m pour le second. Ils sont tous deux polychromes et comportent par endroits les traces des esquisses préparatoires à la mise en place des personnages notamment dans la scène de la pesée du cœur. Leur style et leur mise en page sont de bons exemples de la qualité des papyrus funéraires produits aux 4e et 3e s. avant notre ère. Le visiteur y reconnaitra des séquences et des vignettes qui se retrouvent sur les parois des tombes présentées au Mans mais également sur les cercueils et cartonnages remarquables que possède le musée de Tessé, lui permettant d’en saisir la signification dans ces contextes. »

Lien : http://www.lemans.fr/dynamique/des-idees-de-visite/les-musees/le-musee-de-tesse/la-galerie-egyptienne/

 
 
 

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Un colloque multidisciplinaire sur le vin dans l’Antiquité, et notamment en Égypte, réunira des spécialistes internationaux à la Sorbonne, en Salle des Actes, le 24 mai prochain à partir de 9h30. L’entrée est libre et gratuite après inscription auprès de Carole Éveno (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

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Ce colloque est consacré à Horapollon, connu comme l'auteur d'un traité sur les hiéroglyphes - le seul qui nous soit parvenu de l'Antiquité - mais qui reste une figure mystérieuse. Si à peu près la moitié des signes hiéroglyphiques traités par Horapollon est plus ou moins correcte, l'exégèse purement allégorique qu'il en donne est surtout tributaire de traditions propres à l'hellénisme tardif. Depuis sa découverte en 1419, cette œuvre attisa l'intérêt pour les hiéroglyphes en marquant profondément l'iconographie de la Renaissance et la littérature emblématique.

 
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Trois questions à Luc Gabolde, directeur de recherches au CNRS (UMR 5140), auteur de  Karnak, Amon-Ré : la genèse d’un temple, la naissance d’un Dieu, Bibliothèque d’étude 167, Le Caire, IFAO, 2018.

Colonne AntefII   SFE : À quelle date avez-vous pu situer cette « naissance d'un dieu » et cette « genèse d'un temple » qui forment le sujet de votre ouvrage ?

LG : Si les éléments constitutifs de la personnalité du dieu Amon-Rê peuvent être repérés dès l’Ancien Empire (concept divin du « Caché », Ỉmn, présent dans les Textes des Pyramides ; iconographie et liturgies de Min attestées dès la Ie dynastie), leur agrégation en une divinité propre remonte à l’époque d’un roi Antef (sans doute Antef II) de la XIe dynastie qui fournit sur une colonne la première mention d’un « Rê-Amon, maître du ciel » à Karnak. Quant au temple du dieu, c’est également à l’aube de la XIe dynastie que l’on en voit apparaître les premiers vestiges architecturaux en pierre et en briques. Certes, des occupations remontant au Prédynastique avaient bien été trouvées au sud-est du site, mais elles étaient profanes et furent recouvertes d’épaisses couches d’alluvions vierges correspondant apparemment à l’abandon du site pendant tout l’Ancien Empire.

 

SFE : Vous mobilisez aussi bien les témoignages textuels, archéologiques que la géomorphologie. Quel est l'apport spécifique de cette dernière discipline à votre recherche ?

LG : Le Nil, aujourd’hui borné par des berges maçonnées et privé de sa crue annuelle, donne une image immuable mais en réalité faussée du paysage antique de l’Égypte. Le fleuve était en fait l’élément le plus mobile du cadre géographique. Il n’y a, d’ailleurs, qu’à consulter la carte de la Description de l’Egypte pour constater que lit majeur du fleuve s’est déplacé de plus de 400 m vers l’Est depuis l’époque où elle fut dressée, il y a 220 ans. La prise en compte de ce phénomène a permis d’interpréter les divers indices révélés tout au long des fouilles et d’identifier plusieurs rivages primitifs disparus. Ainsi la présence d’un bras du Nil et même, très probablement, du cours principal du fleuve entièrement à l’est du site à la préhistoire est-elle apparue comme une hypothèse des plus vraisemblables.

SFE : Quels sont, selon vous, les « ingrédients » qui ont contribué à l'extraordinaire développement du culte d'Amon-Rê ?

LG : Les dynastes thébains qui allaient fonder le Moyen Empire étaient confrontés à de multiples problématiques politico-religieuses. D’une part, la royauté pharaonique depuis la IVe dynastie était placée sous le patronage de la puissante divinité solaire d’Héliopolis, Rê-Atoum qui garantissait sa légitimité. En associant dès le départ leur nouveau dieu à Rê, ils allaient assurément pouvoir se doter de cette indispensable obédience héliopolitaine. Par ailleurs, tenter de promouvoir leur divinité locale dépourvue de dimension universelle, Montou, n’aurait sans doute pas été le moyen le plus efficace pour ces princes de s’imposer comme souverains légitimes et incontestables de l’ensemble du pays. En revanche, en réutilisant le concept abstrait memphito-héliopolitain du dieu « caché » Ỉmn, les Thébains pouvaient avantageusement apparaître comme ceux qui avaient su reconnaître un dieu que les autres rois avaient ignoré. Enfin, en l’adossant à l’iconographie et aux liturgies du dieu Min de Coptos — déjà riches d’un long passé garant de leur efficacité —, les souverains thébains pouvaient disposer d’un fonds de rituels prêt à l’emploi. Amon devenait dès lors une sorte d’avatar méridional d’Atoum (« Amon-Rê, Atoum-dans-Thèbes » lira-t-on à l’époque ramesside), nouveau garant de la légitimité dynastique, tandis que la victoire finale des Méridionaux ne pouvait que confirmer l’efficace puissance du nouveau dieu. Il suffirait ensuite à Sésostris Ier de donner une ampleur sans précédent au temple, d’organiser le culte et le clergé et enfin de garantir par des fondations la prospérité économique du domaine d’Amon pour assurer au temple et au dieu une pérennité qui dura plus de deux millénaires.

A lire aussi dans le Bulletin de la Société Française d’Égyptologie :

Luc Gabolde, « Les origines de Karnak et la genèse théologique d'Amon », BSFE 186-187, octobre 2013, p. 13-35.

Légende de l’illustration :

Colonne d’un temple d’Antef II (ou III), XIe dynastie, à Karnak (KIU 1 ; musée de Louqsor J.841), trouvée en remploi dans la partie centrale du temple et portant la plus ancienne mention du dieu « Rê-Amon, maître du ciel » sur le site. Photo © CFEETK.

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