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Actualités  de l'égyptologie
- Dimitri Meeks, invité de la Chaire du Louvre 2018, les conférences auront lieu dans l’Auditorium du musée du Louvre les 27 septembre, 1er, 4, 8 et 11 octobre 2018 à 19h00. 
Le musée de Grenoble organise, en collaboration avec le musée du Louvre, du 25 octobre 2018 au 27 janvier 2019, une exposition-événement intitulée Servir les dieux d’Égypte : Divines adoratrices, chanteuses et prêtres d’Amon à Thèbes.
14e congrès international des études nubiennes, Paris du 10 au 15 septembre 2018  
à l'EPHE, le Professeur Paolo Gallo de l’université de Turin pour une série de conférences portant sur l’archéologie et les monuments d’Alexandrie 
La prochaine académie hiératique aura lieu à l’Ifao à l’automne prochain 
Réouverture des salles égyptiennes du musée de Tessé au Mans
Exposition L’Or des pharaons : 2500 ans d’orfèvrerie dans l’Égypte ancienne au Grimaldi Forum de Monaco, du 7 juillet au 9 septembre 2018

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Dimitri Meeks, invité de la Chaire du Louvre 2018

Photo Meeks WEB1La Chaire du Louvre accueillera cet automne Dimitri Meeks pour une série de 5 conférences consacrées au thème « Les Égyptiens et leurs mythes ». À cette occasion, la SFE a posé quelques questions à D. Meeks, qui a très gentiment accepté de nous répondre.

SFE : Vous analyserez au cours des cinq conférences de ce cycle la façon dont les Égyptiens anciens appréhendaient leur univers et leur histoire. Comment l’égyptologue contemporain arrive-t-il à appréhender, reconstituer et comprendre les mythes et explications du monde élaborés au cours de l’histoire égyptienne ? 

  1. D. Meeks : Contrairement à ce que l’on peut penser, il y arrive avec difficulté. Nous n’avons pas d’interlocuteurs auprès desquels vérifier la validité de nos hypothèses. Nous sommes entièrement tributaires d’une documentation écrite, archéologique qui n’a d’autre langage que celui que nous lui prêtons. Il faut être très vigilant et ne pas surinterpréter ce que nous analysons en fonction de notre propre culture. La notion de mythe n’était pas connue des Égyptiens. Par référence à ce que J.-Ph. Lauer a fait dans le complexe funéraire de Djéser, on peut reconstituer des mythes en procédant à des anastyloses textuelles. Il s’agit de récolter, à travers la documentation écrite, des allusions plus ou moins directes à un ensemble mythique, des briques appelées « mythèmes » que l’on peut assembler entre elles pour aboutir à une restitution plus ou moins élaborée d’un exposé mythique. Un tel exposé peut éventuellement s’associer à d’autres pour présenter un ensemble plus vaste. Mais c’est un travail qui reste largement à faire, même si la méthode est connue depuis longtemps.

SFE : Quel est l’impact du mythe dans la réalité quotidienne de l’Égyptien ancien ? Autrement dit, et pour paraphraser Paul Veyne, les Égyptiens ont-ils cru à leurs mythes ? 

  1. D. Meeks : Toutes les cultures ont cru, croient encore en quelque chose. Mais une culture donnée se compose d’individus, de groupes d’individus qui peuvent avoir des approches très différentes vis à vis des croyances. Les structures théologiques, véhicules du mythe, jouaient sans doute un rôle important dans le quotidien des prêtres érudits, mais infiniment moins dans celui d’une population paysanne qui ne savait ni lire ni écrire. Il y avait certainement dans l’ensemble des croyances un minimum commun à toutes les couches de la population qui fondait une certaine cohésion sociale. En témoignent les grandes fêtes populaires qui réunissaient dans une même adhésion le clergé et l’ensemble de la population. Les vestiges qui ont survécu, temples, tombes, livres funéraires, compositions rituelles, théologiques, etc., montrent toute l’importance que la religion et les croyances qui s’y rattachaient revêtaient aux yeux des Égyptiens : ils ont véritablement cru en leurs dieux. Cela ne veut pas dire qu’un certain scepticisme à l’égard du pouvoir divin n’a pas existé. En témoigne tel ou tel énoncé de la confession négative du Chapitre 125 du Livre des Morts, qui fait dire au défunt « je ne me suis pas amusé de la divinité … je n’ai pas détesté la divinité ».

SFE : Vous soulignez dans la dernière conférence le fait que la civilisation pharaonique est en tout point différente de la nôtre et que notre compréhension de cette civilisation est biaisée par notre arrière-plan culturel occidental. À quels écueils cette différence et ces biais amènent-ils ? 

  1. D. Meeks : L’égyptologie, née du déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion en 1822, est l’héritière du Siècle des Lumières. Elle plonge ses lointaines racines dans une conception occidentale du monde. Aujourd’hui, cela se traduit dans l’idée que les outils conceptuels occidentaux d’analyse des phénomènes humains sont des universaux et qu’ils peuvent servir, sans grande modification, à l’étude d’une culture disparue comme celle de l’Égypte ancienne. Trop souvent, ils servent une posture scientiste exagérément confiante et desservent la réalité de ce que fut la culture égyptienne. Ils occidentalisent en quelque sorte cette culture sous prétexte de modernité. Il est très difficile d’échapper à cet écueil. La voie la plus simple qui s’offre à l’égyptologue – peut-être la plus sûre – est de s’appuyer sur ce que sa discipline a accumulé de savoir, depuis bientôt deux siècles, pour construire une culture professionnelle suffisamment vaste afin que son regard soit un peu plus égyptien et un peu moins celui de sa culture d’origine. Mais sans excès d’optimisme : quelle que soit notre culture, nous ne serons jamais des Égyptiens de l’Antiquité.

Renseignements pratiques :

Les conférences de la Chaire du Louvre auront lieu dans l’Auditorium du musée du Louvre les 27 septembre, 1er, 4, 8 et 11 octobre 2018 à 19h00.

Elles auront pour titre :

27 septembre : « Les Égyptiens face au discours du monde »

1er octobre : « Une anastylose des mythes »

4 octobre : « Une histoire mythifiée »

8 octobre : « Une si mythique écriture »

11 octobre : « Les égyptologues face à l’autre »

Ce cycle de conférences sera accompagné de la publication de l’ouvrage de D. Meeks, Les Égyptiens et leurs mythes, Paris, 2018, aux éditions Hazan (prix de vente 25 €).

Tous les renseignements sur ce cycle de conférences sont disponibles sur le Internet du musée du Louvre : https://www.louvre.fr/conferences-et-colloques et dans la brochure pdf téléchargeable sur cette page et sur le site Internet du musée du Louvre.

La photographie reproduite ici a été empruntée à la brochure pdf de la Chaire du Louvre.

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La brochure pdf concernant la chaire du Louvre peut être téléchargée sur notre site.

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 Le musée de Grenoble organise, en collaboration avec le musée du Louvre, du 25 octobre 2018 au 27 janvier 2019, une exposition-événement intitulée Servir les dieux d’Égypte : Divines adoratrices, chanteuses et prêtres d’Amon à Thèbes.

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 Un colloque en lien avec cette exposition sera organisé en janvier 2019 en partenariat avec la Société française d’égyptologie. À cette occasion, une réunion exceptionnelle aura lieu à Grenoble et une visite de l’exposition sera organisée pour nos membres.

Florence Gombert-Meurice et Frédéric Payraudeau qui en ont assuré le commissariat scientifique, répondent à nos questions.

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SFE : Les expositions sur l’Égypte du Ier millénaire avant notre ère sont rares ! Pourquoi avoir choisi cette période ?

Frédéric Payraudeau et Florence Gombert-Meurice : À la demande du Guy Tosatto, directeur du musée de Grenoble qui souhaite remettre à l’honneur les collections égyptiennes du musée, une carte blanche a été accordée au Louvre. Le sujet de l’exposition s’est défini en partant des cercueils des chanteuses d’Amon et prêtres thébains de la XXIe dynastie du musée de Grenoble. C’était aussi l’occasion de remettre en valeur et d’étudier les collections du Louvre concernant cette période et de présenter au public des thèmes rares et des objets qui n’ont jamais été exposés auparavant.

SFE : On connaît bien la Thèbes du Nouvel Empire, mais pouvez-vous nous en dire plus sur la place de cette ville dans la Troisième Période intermédiaire, au début du Ier millénaire avant notre ère ?

Frédéric Payraudeau : Le grand public connaît en effet bien les monuments thébains du Nouvel Empire, comme les temples de Karnak et Louqsor, la vallée des rois ou le temple de Deir el-Bahari. Cela correspond à l’époque où Thèbes était une capitale cérémonielle de l’empire égyptien. On ignore en revanche souvent qu’après le déplacement de la résidence royale dans le nord du pays, à Tanis, la ville de Thèbes est restée très importante du point de vue de l’idéologie royale, en étant le sanctuaire d’Amon-Rê roi des dieux. Les grands monuments de la période précédente constituent une sorte de décor surdimensionné aux activités des grands prêtres de la Troisième Période intermédiaire. On construit moins et souvent plus petit, étant données les conditions économiques : chapelles osiriennes, kiosques … La ville redevient même une résidence royale dans la deuxième moitié de la XXIIe dynastie.

SFE : Quels types d’objets avez-vous souhaité mettre en valeur ?

Florence Gombert-Meurice : Le propos de l’exposition s’est bâti à partir des collections grenobloises, mais l’enjeu était aussi d’explorer davantage les collections du Louvre en vue de leur prochaine mise en valeur dans les salles Charles X. Le premier réflexe a donc été de se tourner vers les réserves mais aussi d’approfondir la connaissance des objets thébains les plus connus de la période comme, par exemple, le sistre d’Henouttaouy, l’étui de Chépénoupet II  ou la statue d’Isis provenant de Médinet Habou dédiée par la même adoratrice. Ce sont donc tout à la fois des objets en apparence modestes mais historiquement importants et des œuvres imposantes, voire des chefs d’œuvres, qui sont exposés. Tisser les liens entre les objets d’une même époque et d’un même lieu permet ainsi de mettre en évidence certaines spécificités de l’art et de la pensée d’une époque. Loin des grands colosses de pierre d’autres temps plus glorieux, ce sont les particularités artistiques d’une époque qui se découvrent avec les papyrus, les cercueils et stèles polychromes ou les bronzes. L’exposition, en tant que démonstration visuelle, voudrait permettre de manière presque intuitive de saisir l’esprit d’une époque.

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SFE : Pourquoi avoir choisi de centrer l’exposition sur le monde du temple ?

Florence Gombert-Meurice : Le propos construit à partir de cercueils thébains de la XXIe dynastie pouvait s’orienter de multiples manières ; l’idée a été de redonner le contexte historique et social de ces cercueils d’hommes et de femmes ayant vécu il y a trois mille ans et d’inviter les visiteurs à pousser les portes du temple. Il s’agit donc de pénétrer un peu dans le fonctionnement de la société thébaine qui joue alors un rôle pivot dans l’histoire de la période. Il était en outre important de conduire les visiteurs au travers d’une époque méconnue sans les perdre : le choix d’une période et d’un lieu précis bien identifié s’imposait donc. 

SFE : Le rôle des femmes dans la société égyptienne semble avoir une grande importance dans la thématique de l’exposition. En quoi cette période est-elle spécifique sur ce plan ?

Florence Gombert-Meurice : Ce sont en effet d’abord les questions relatives aux chanteuses d’Amon, celles qui étaient dans la « Résidence » du dieu et celles qui n’y étaient pas qui ont conduit à élargir le sujet de l’exposition sur le fonctionnement de la société thébaine tant leur multiplication est symptomatique des grands changements religieux et sociétaux du temps. À cette époque, l’importance prise par le clergé féminin autour de la divine adoratrice du dieu Amon est inédite et relève du phénomène plus large de spécialisation des prêtrises ainsi que du rôle accru des prêtres dans leur fonction d’intermédiaires directs avec les divinités. L’importance politique et, pour ainsi dire, diplomatique des adoratrices du dieu est assez étudiée, mais l’exposition met donc aussi l’accent sur les autres prêtresses, suivantes et chanteuses d’Amon qui démontrent aussi le nouveau fonctionnement du temple à cette époque de grande mutation sociale et religieuse.

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SFE : Quel lien cette exposition entretient-elle avec les recherches actuelles en égyptologie ?

Frédéric Payraudeau : Nous avons souhaité que cette exposition soit en lien étroit avec les avancées de la recherche sur la période, notamment en faisant intervenir dans le catalogue les spécialistes des sujets. Dans le parcours de l’exposition, plusieurs aspects de la recherche ont été mis en exergue. Les recherches sur les groupes sociaux sont présentées dans des vitrines par le rassemblement inédit d’objets appartenant à des membres d’une même famille (celles du vizir Pamy et du prêtre et secrétaire du roi Hor). Les recherches sur les adoratrices d’Amon et le culte osirien menées à Karnak par l’équipe dirigée par Laurent Coulon et Cyril Giorgi à laquelle appartiennent les commissaires sont présentées via la reconstitution photographique grandeur nature d’une des chapelles d’Osiris.

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http://www.museedegrenoble.fr/

 
 
 
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La prochaine académie hiératique aura lieu à l’Ifao à l’automne prochain.  Vous trouverez les modalités d’inscription sur les documents ci-dessous. 

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L’École pratique des Hautes Étude accueille, à la Maison des Sciences de l’Homme (54 Boulevard Raspail à Paris), le Professeur Paolo Gallo de l’université de Turin pour une série de conférences portant sur l’archéologie et les monuments d’Alexandrie. Voici le programme de ces 4 interventions:

 
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 14CONGRÈS INTERNATIONAL DES ÉTUDES NUBIENNES

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Le 14e congrès international des études nubiennes, organisé par le musée du Louvre et Sorbonne Université, aura lieu à Paris du 10 au 15 septembre. Frédéric Payraudeau, l’un de ses organisateurs, répond à nos questions.

 

SFE - Quels seront les grands thèmes abordés au cours de ce Congrès ?

Fr. Payraudeau : S'agissant d'un Congrès qui a lieu tous les quatre ans et qui couvre toutes les périodes et les domaines de l'Histoire du Soudan, de l’Antiquité jusqu'à l'époque moderne, les thèmes seront très divers, de la préhistoire à l'époque médiévale en passant par la céramique, l'anthropologie, l'archéologie et l'art de la Nubie indépendante ou sous domination égyptienne.

SFE - Quelle sera la place de l’égyptologie dans le Congrès ?

Fr. Payraudeau : L'égyptologie aura sa place bien évidemment puisque la Nubie est au cœur de l'histoire égyptienne depuis le Moyen Empire jusqu'à la XXVe dynastie. On évoquera donc les Égyptiens en Nubie comme les Nubiens en Égypte.

SFE - Quelles sont les grandes orientations de la recherche sur le Soudan ancien ?

Fr. Payraudeau : Les recherches ont été très actives depuis une dizaine d'années, grâce notamment à un financement exceptionnel du Qatar (QUSAP). Beaucoup de sites, anciennement connus ou plus récemment découverts, ont fait l'objet de travaux de fouilles ou de restauration.

SFE - Comment s’inscrire pour assister aux présentations ? Où se déroule le Congrès ?

 Fr. Payraudeau : Le Congrès, qui devrait accueillir plus de 300 participants, est organisé par le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre et le Centre de recherches égyptologiques de Sorbonne Université. Les présentations auront lieu à l'INHA et à l'auditorium du Louvre. Les informations sur le programme et les inscriptions sont disponibles sur le site https://www.louvre.fr/EN2018/programme.

Le programme détaillé est téléchargeable ici 

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Actualités égyptologiques Exposition L’Or des pharaons : 2500 ans d’orfèvrerie dans l’Égypte ancienne au Grimaldi Forum de Monaco, du 7 juillet au 9 septembre 2018

IMG1 webChristiane Ziegler, commissaire de l’exposition, répond à nos questions pour nous présenter l’exposition L’Or des pharaons, qui se tient au Grimaldi Forum de Monaco jusqu’au 9 septembre 2018.
SFE - Comment cette exposition renouvelle-t-elle la problématique de l’orfèvrerie d’époque pharaonique ?
Chr. Ziegler - Elle tient compte des recherches récentes menées par différents laboratoires, de thèses comme celle de C. Thiaudière, ainsi que d'un travail effectué avec mes collègues des départements antiques du Louvre et de Saint-Germain-en-Laye en vue de la publication d'un dictionnaire de l'orfèvrerie antique. En ce qui concerne la prospection des déserts et de l'extraction de l'or, elle tient compte de recherches très récentes ; par exemple celles de Klemm, le récent programme de recherche de l'IFAO sur les mines d'or, le tout récent ouvrage de P. Tallet sur les expéditions ...
SFE - Qu’est-ce que l’étude de ces bijoux peut nous apprendre de la société égyptienne ?
Chr. Ziegler - C'est une approche peu conventionnelle pour explorer de nombreux aspects de la société. Les bijoux sont un marqueur social, portés par une élite qu'ils contribuent à distinguer : symbole de richesse, de pouvoir pour le souverain et l'élite, ils manifestent la faveur du souverain envers ses fidèles serviteurs (or de la récompense ...). Du gisement au produit fini, la chaîne de fabrication va du prospecteur d'or au pharaon en passant par les ateliers des palais et des temples. Ils nous informent sur l'administration et l'économie du pays : expéditions menées vers les gisements, administration du Trésor royal et des grands temples. Ils servent de monnaie d'échange (les produits manufacturés sont évalués, comme les produits bruts, selon leur poids ; création de poids spécifiques pour l'or). Ils témoignent du commerce avec les pays voisins (par exemple importation de lapis lazuli d'Afghanistan).
IMG3 webCe sont des témoins des relations internationales (mainmise de l'Égypte sur l'or de Nubie, cadeaux diplomatiques pour les souverains du Proche Orient ...) et des contacts culturels entre l'Égypte et le reste du monde antique : par exemple, apparition de nouvelles techniques et de motifs étrangers (granulation du trésor des princesses de Dahchour qui est une technique importée de Mésopotamie, déjà présente dans les tombes royales d'Ur ; galop volant des fauves et des antilopes sur un collier de la reine Iahhetep qui est un motif importé du monde égéen ...).
L'étude des techniques révèle des procédés et un savoir-faire consommés notamment dans le domaine du raffinage du métal précieux (procédé de la coupellation), des alliages, des soudures, du cloisonné ... le tout réalisé avec un outillage sommaire. En dépit du mépris affiché par certains textes égyptiens, les orfèvres, dont la profession était hiérarchisée, jouissaient d'une certaine aisance.
Le rôle des bijoux ne se réduit pas à orner certaines parties du corps et à les mettre en valeur, ils ont aussi une valeur protectrice de par leur matériau et leur décor. Toute la symbolique liée à l'or et aux matériaux précieux nous immerge dans la pensée religieuse des Anciens Égyptiens, explicitée par les textes funéraires de l'époque tardive. Masque et doigtiers d'or, métal incorruptible et éclatant comme le soleil, confèrent l'éternité à ceux qui en sont parés. Les pierres fines, émanations des dieux accordent leur protection magique au défunt et l'aident à accéder à l'autre monde de même que les motifs des bijoux funéraires comme les scarabée ailés ou l'œil oudjat.
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Enfin le pillage des trésors de tombes, pratiqué dès les époques les plus reculées, marque les temps de crise. Les aveux des pillards, consignés sur une série de papyrus, éclairent d'une lumière très inhabituelle le comportement de certains Égyptiens vis-à-vis des défunts, en particulier de leur souverain. Les bijoux, objets de très grande valeur et faciles à emporter, sont en premier lieu la proie des voleurs, y compris une partie de ceux déposés dans la tombe de Toutankhamon.
SFE - L’affiche de l’exposition montre le masque funéraire en or de Psousennès Ier découvert dans la nécropole royale de Tanis par la mission de Pierre Montet. Comment avez-vous évoqué dans cette exposition la découverte archéologique des pièces d’orfèvrerie ?
Chr. Ziegler - J'ai choisi de faire précéder les trésors de Tanis par une grande salle d'introduction qui associe des extraits de films d'époque, des archives de fouilles, des manuscrits et le fameux télégramme de Montet à sa famille annonçant la découverte de la tombe inviolée de Psousennès. Tous ces documents m'ont été aimablement prêtés par la Mission Française des Fouilles de Tanis. Puis sont exposées les œuvres majeures : masque d'or, sarcophage d'argent et bijoux de Psousennès, bijoux et orfèvrerie d'Aménémopé, Oundebaounded et Chéchanq II.
 
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NB. L’ensemble des illustrations présentées ici nous a aimablement été fourni par les équipes du Grimaldi Forum de Monaco, que nous remercions.
 
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À l’occasion de l’inauguration d’une nouvelle présentation des salles égyptiennes au musée de Tessé au Mans, la SFE a interrogé deux égyptologues qui ont travaillé sur les collections, Hélène Bouillon, conservateur du Patrimoine, et Marc Étienne, conservateur en chef au département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre.

SFE : Comment s’est mis en place ce projet de réorganisation des salles égyptiennes du musée de Tessé ? Quelles ont été les collaborations ?

Hélène Bouillon : « Quand j’ai été envoyée par le service des musées de France (SMF) pour aider à la refonte des salles égyptiennes du musée de Tessé, le projet était déjà engagé depuis plusieurs années. Geneviève Pierrat-Bonnefois, alors conservatrice en chef au département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre, et François Arné, le directeur des musées du Mans, réfléchissaient à un nouveau dépôt du Louvre et à un nouveau parcours qui se recentrerait sur les coutumes funéraires et mettrait en valeur les reconstitutions photographiques des tombes de Sennefer et Néfertari. Nicolas de Larquier et Fanny Hamonic ont également participé à la refonte durant leurs formations à l’Institut national du patrimoine. Nicolas a travaillé au choix des pièces et à leur emplacement dans le parcours, Fanny a notamment créé le synopsis de la borne ludique autour de la tombe de Néfertari. J’ai aidé à la finalisation du projet, écrit la version définitive des textes des salles, ainsi que ceux de l’audioguide et donné un coup de main au moment du chantier, d’abord pour la mise en réserve avant travaux puis au moment de l’arrivée du nouveau dépôt. »

SFE : Combien de pièces nouvelles sont présentées et lesquelles sont particulièrement intéressantes ?

Hélène Bouillon : « Le musée de Tessé a gardé une vingtaine de pièces de l’ancien dépôt, dont un très beau chaouabti en costume des vivants. Parmi la trentaine d’objets du nouveau dépôt, figure un coffret à chaouabtis peint, également d’époque ramesside. Les pièces déposées vont du pion de sénet au pyramidion de calcaire sculpté, mais ce ne sont pas forcément les pièces les plus petites qui sont les moins rares dans les réserves des musées. Une attention particulière a été portée à la remise en situation. La vitrine de la chapelle, par exemple, est très réussie : stèle, statue, cônes funéraires et pyramidion y sont placés de telle sorte que le visiteur puisse se les imaginer en place. De plus, Jean-Claude Golvin a autorisé le musée à imprimer en très grand format ses magnifiques aquarelles, ce qui facilite la contextualisation. Je suis particulièrement sensible à la vitrine qui montre les vases, parures, vêtements, bâton de marche et sandales, qui constituent une sorte de trousseau du noble égyptien. Tous les objets de cette vitrine sont représentés à l’identique dans la tombe de Sennefer. Certains sont canoniques et même en quelque sorte anachroniques comme le plateau d’albâtre-calcite que l’on ne trouve plus dans les tombes de l’époque ; certains suivent scrupuleusement la mode comme les coupes cylindriques à pied. La momie d’époque gréco-romaine, déjà présentée auparavant, a fait l’objet d’une étude complète (scanner) par le Dr Samuel Mérigeaud, montrant qu’il s’agissait d’un homme et non d’une jeune fille ! Mais bien sûr, l’une des plus belles pièces de l’actuelle présentation est le Livre des Morts choisi par Marc Etienne pour le nouveau dépôt. »

SFE : Pouvez-vous nous parler du renouvellement du dépôt du Louvre et des deux papyrus funéraires déposés au musée de Tessé ?

Marc Étienne : « À l’occasion du renouvellement du dépôt effectué par département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre, de nouvelles œuvres ont été installées afin de compléter les collections. Ce musée abritant les reproductions photographiques des tombes de Sennéfer et de Néfertari, le choix des nouveaux objets s’est porté sur des éléments représentés dans ces tombes ou sur ceux qui comportaient des thèmes décoratifs ou iconographiques similaires. Dans cette logique, deux papyrus ont été déposés au Mans qui seront présentées en alternance pour satisfaire au mieux aux exigences de durée d’exposition des documents graphiques. Par ailleurs un nouveau mode de présentation a été élaboré afin de restituer la vision continue d’un rouleau à partir des feuillets conservés. Il s’agit des Livres des Morts au nom de Nesmin et de Tchahapyimou deux membres du personnel du temple d’Amon à Karnak d’une longueur de 5,25 m pour le premier et 8,5 m pour le second. Ils sont tous deux polychromes et comportent par endroits les traces des esquisses préparatoires à la mise en place des personnages notamment dans la scène de la pesée du cœur. Leur style et leur mise en page sont de bons exemples de la qualité des papyrus funéraires produits aux 4e et 3e s. avant notre ère. Le visiteur y reconnaitra des séquences et des vignettes qui se retrouvent sur les parois des tombes présentées au Mans mais également sur les cercueils et cartonnages remarquables que possède le musée de Tessé, lui permettant d’en saisir la signification dans ces contextes. »

Lien : http://www.lemans.fr/dynamique/des-idees-de-visite/les-musees/le-musee-de-tesse/la-galerie-egyptienne/

 
 
 

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Un colloque multidisciplinaire sur le vin dans l’Antiquité, et notamment en Égypte, réunira des spécialistes internationaux à la Sorbonne, en Salle des Actes, le 24 mai prochain à partir de 9h30. L’entrée est libre et gratuite après inscription auprès de Carole Éveno (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

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Ce colloque est consacré à Horapollon, connu comme l'auteur d'un traité sur les hiéroglyphes - le seul qui nous soit parvenu de l'Antiquité - mais qui reste une figure mystérieuse. Si à peu près la moitié des signes hiéroglyphiques traités par Horapollon est plus ou moins correcte, l'exégèse purement allégorique qu'il en donne est surtout tributaire de traditions propres à l'hellénisme tardif. Depuis sa découverte en 1419, cette œuvre attisa l'intérêt pour les hiéroglyphes en marquant profondément l'iconographie de la Renaissance et la littérature emblématique.

 
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Trois questions à Luc Gabolde, directeur de recherches au CNRS (UMR 5140), auteur de  Karnak, Amon-Ré : la genèse d’un temple, la naissance d’un Dieu, Bibliothèque d’étude 167, Le Caire, IFAO, 2018.

Colonne AntefII   SFE : À quelle date avez-vous pu situer cette « naissance d'un dieu » et cette « genèse d'un temple » qui forment le sujet de votre ouvrage ?

LG : Si les éléments constitutifs de la personnalité du dieu Amon-Rê peuvent être repérés dès l’Ancien Empire (concept divin du « Caché », Ỉmn, présent dans les Textes des Pyramides ; iconographie et liturgies de Min attestées dès la Ie dynastie), leur agrégation en une divinité propre remonte à l’époque d’un roi Antef (sans doute Antef II) de la XIe dynastie qui fournit sur une colonne la première mention d’un « Rê-Amon, maître du ciel » à Karnak. Quant au temple du dieu, c’est également à l’aube de la XIe dynastie que l’on en voit apparaître les premiers vestiges architecturaux en pierre et en briques. Certes, des occupations remontant au Prédynastique avaient bien été trouvées au sud-est du site, mais elles étaient profanes et furent recouvertes d’épaisses couches d’alluvions vierges correspondant apparemment à l’abandon du site pendant tout l’Ancien Empire.

 

SFE : Vous mobilisez aussi bien les témoignages textuels, archéologiques que la géomorphologie. Quel est l'apport spécifique de cette dernière discipline à votre recherche ?

LG : Le Nil, aujourd’hui borné par des berges maçonnées et privé de sa crue annuelle, donne une image immuable mais en réalité faussée du paysage antique de l’Égypte. Le fleuve était en fait l’élément le plus mobile du cadre géographique. Il n’y a, d’ailleurs, qu’à consulter la carte de la Description de l’Egypte pour constater que lit majeur du fleuve s’est déplacé de plus de 400 m vers l’Est depuis l’époque où elle fut dressée, il y a 220 ans. La prise en compte de ce phénomène a permis d’interpréter les divers indices révélés tout au long des fouilles et d’identifier plusieurs rivages primitifs disparus. Ainsi la présence d’un bras du Nil et même, très probablement, du cours principal du fleuve entièrement à l’est du site à la préhistoire est-elle apparue comme une hypothèse des plus vraisemblables.

SFE : Quels sont, selon vous, les « ingrédients » qui ont contribué à l'extraordinaire développement du culte d'Amon-Rê ?

LG : Les dynastes thébains qui allaient fonder le Moyen Empire étaient confrontés à de multiples problématiques politico-religieuses. D’une part, la royauté pharaonique depuis la IVe dynastie était placée sous le patronage de la puissante divinité solaire d’Héliopolis, Rê-Atoum qui garantissait sa légitimité. En associant dès le départ leur nouveau dieu à Rê, ils allaient assurément pouvoir se doter de cette indispensable obédience héliopolitaine. Par ailleurs, tenter de promouvoir leur divinité locale dépourvue de dimension universelle, Montou, n’aurait sans doute pas été le moyen le plus efficace pour ces princes de s’imposer comme souverains légitimes et incontestables de l’ensemble du pays. En revanche, en réutilisant le concept abstrait memphito-héliopolitain du dieu « caché » Ỉmn, les Thébains pouvaient avantageusement apparaître comme ceux qui avaient su reconnaître un dieu que les autres rois avaient ignoré. Enfin, en l’adossant à l’iconographie et aux liturgies du dieu Min de Coptos — déjà riches d’un long passé garant de leur efficacité —, les souverains thébains pouvaient disposer d’un fonds de rituels prêt à l’emploi. Amon devenait dès lors une sorte d’avatar méridional d’Atoum (« Amon-Rê, Atoum-dans-Thèbes » lira-t-on à l’époque ramesside), nouveau garant de la légitimité dynastique, tandis que la victoire finale des Méridionaux ne pouvait que confirmer l’efficace puissance du nouveau dieu. Il suffirait ensuite à Sésostris Ier de donner une ampleur sans précédent au temple, d’organiser le culte et le clergé et enfin de garantir par des fondations la prospérité économique du domaine d’Amon pour assurer au temple et au dieu une pérennité qui dura plus de deux millénaires.

A lire aussi dans le Bulletin de la Société Française d’Égyptologie :

Luc Gabolde, « Les origines de Karnak et la genèse théologique d'Amon », BSFE 186-187, octobre 2013, p. 13-35.

Légende de l’illustration :

Colonne d’un temple d’Antef II (ou III), XIe dynastie, à Karnak (KIU 1 ; musée de Louqsor J.841), trouvée en remploi dans la partie centrale du temple et portant la plus ancienne mention du dieu « Rê-Amon, maître du ciel » sur le site. Photo © CFEETK.

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